barakat !

Un film de Djamila Sahraoui

Sortie le 13 septembre 2006
Synopsis :

Quelque part en Algérie, dans les années 1990.
AMEL est médecin urgentiste à l’hôpital. Elle s’efforce, tant bien que mal, d’exercer son métier et de vivre sa vie de jeune femme, malgré la guerre civile qui fait rage entre les islamistes et l’armée.
Un soir, de retour chez elle après une longue garde, Amel constate la disparition de son mari journaliste. Devant l’indifférence et l’inertie des autorités, elle décide de partir à sa recherche. Elle est accompagnée de KHADIDJA, infirmière énergique et gouailleuse qui, dans sa jeunesse, s’est illustrée dans les combats pour l’indépendance.
Au fil d’un périple incertain et périlleux, les deux femmes vont se découvrir l’une l’autre, en même temps qu’elles se confronteront aux hommes de leur pays...

si vous ne parvenez pas à lire la bande annonce, cliquez ici

Débats en présence de la réalisatrice :

à Paris
mercredi 27/09 au St André des Arts - à l’issue de la séance de 20h
organisé par l’Association européenne contre les Violences faîtes aux Femmes au Travail - Libres et Egales
"Quand aller au cinéma est un acte politique"

mardi 3/10 au St André des Arts - à l’issue de la séance de 20h
organisé par le collectif Barakat

en Province
mercredi 13/09 au Magic de Bobigny - 20h
lundi 18/09 au Méliès de St Etienne - 20h15
mardi 19/09 au Rio de Clermont Ferrand - 20h
dimanche 24/09 aux Variétés de Marseille - 18h
vendredi 29/09 à L’Ecran de St Denis - 20h45
lundi 2/10 à L’Eldorado de Dijon - 20h
mercredi 11/10 à L’Espace 1789 de St Ouen - 20h
jeudi 12/10 à L’IRTS de Metz - 20h30
vendredi 13/10 à Fameck - 20h30
samedi 14/10 à Forbach - 20h30
lundi 16/10 à L’Espace Jacques Tati de Tremblay - 20h
vendredi 20/10 aux 400 coups de Villefranche/Saone - 20h
samedi 21/10 au Festival de Gardanne - 20h
dimanche 22/10 à La Strada de Mouans Sartoux - 20h
mercredi 25/10 au Méliès de Villeneuve d’Ascq - 20h
lundi 6/11 au Mazarin d’Aix en Provence - 20h

Entretien avec la réalisatrice :

Après plusieurs documentaires, Barakat ! est votre première fiction. Qu’est-ce qui vous a donné envie de changer de genre ?

Le documentaire est une école passionnante, mais parfois frustrante. Vous nouez avec les gens que vous filmez des relations très fortes, mais vous ne pouvez aller au-delà des limites qu’ils vous imposent. Il y a tant de situations que je ne pourrai jamais montrer dans un documentaire, alors qu’elles sont bien réelles ! Je ne peux pas dire à une jeune algérienne : vous allez entrer dans cette gargote, les hommes vont vous agresser et moi je vais filmer !

Pour votre première fiction, vous ne vous êtes pas attaquée à un sujet évident : la guerre civile des années 90 !

Ce sujet était plus pour moi le prétexte pour faire le portrait de deux femmes... Deux femmes qui appartiennent à des générations différentes, mais qui réagissent de la même manière face à l’adversité. Elles vivent des situations dramatiques, mais elles avancent, sans s’apitoyer sur elles-mêmes ou chercher à se faire plaindre...

Définiriez-vous Barakat ! comme un road movie ?

Je parlerais plutôt d’odyssée : elles font un très long tour pour finalement revenir chez elles. Il était important qu’elles s’en aillent de chez elle, qu’elles s’éloignent de leur univers, afin d’aller vers le danger et l’inconnu, mais aussi à la rencontre de l’autre, comme ce vieux paysan qui leur offrira l’hospitalité, et finira par les accompagner. Surtout, ce voyage leur permet d’apprendre à se connaître. Elles travaillent ensemble mais ne se sont jamais vraiment parlé.

Khadija représente tout un pan de l’histoire algérienne...

J’ai une grande admiration pour les femmes de cette génération, celles qui ont fait la guerre. Elles ont été les idoles de mon enfance. Je ne veux pas non plus les mettre sur un piédestal comme a pu le faire la propagande officielle. A travers Khadidja le film moque un peu le mythe de la « grande héroïne ». D’autant que l’exaltation de ces héroïnes révolutionnaires n’a pas empêché les hommes de renvoyer les femmes à leurs casseroles.

Vous montrez la dureté des rapports entre les hommes et les femmes, la tension quotidienne.

Le film montre effectivement la pression quotidienne qui pèse sur les femmes. Je suis convaincue que la violence de la guerre des années quatre-vingt dix est aussi liée à la violence des rapports sociaux, et donc à la violence que la société exerce sur les femmes... Il faudra qu’un jour les hommes prennent conscience du tort qu’ils se font à eux-mêmes en se privant d’une moitié de la population.

Votre film n’offre pas une image très positive des hommes algériens.

Il y a deux personnages positifs : le vieil homme et le petit garçon... la génération précédente et la génération suivante. Mais à quelques exceptions près les hommes présentés dans le film ne font rien de bien méchant, ils sont juste dans leur rôle. Le pharmacien refuse de délivrer des médicaments sans ordonnance, les chauffeurs de taxis n’ont pas envie de risquer leur vie... rien que de très normal. Ce sont les femmes qui transgressent, qui se révoltent. Les hommes n’arrêtent pas de leur mettre des bâtons dans les roues, et elles passent outre, quoi qu’il puisse leur en coûter.

Khadidja se fait appeler plusieurs fois « hadja ».

Et ça la met en fureur ! Le terme « hadj » désigne celui ou celle qui a fait le pèlerinage à la Mecque : c’est le cas de Hadj Slimane, le bijoutier. Dans les années quatre-vingt dix, avec la montée de l’islamisme, les jeunes se sont mis à appeler « hadja » les femmes d’un certain âge, en signe de respect. Parce qu’une femme de cet âge était forcément pieuse, et que forcément elle était allée à la Mecque. Cela énerve Khadidja... qui a l’air de tout sauf d’être allée à la Mecque ! Elle est habillée à l’occidentale, maquillée...

Mais elle n’hésite pas à mettre le voile pour tromper les hommes.

C’est une référence à la guerre d’indépendance. Quand les femmes comme Khadidja mettaient le voile, c’était pour faire passer des armes à travers les barrages. Khadija reproduit ce schéma pour infiltrer le maquis islamiste, elle se déguise. Lors des deux guerres on ne fouillait pas les femmes : elles pouvaient donc passer des armes, de l’argent, des papiers... On le voit bien dans La Bataille d’Alger, le film de Pontecorvo.. La femme qui prend le revolver dans le couffin et le donne à l’homme, c’est d’ailleurs aussi une image de La Bataille d’Alger.

Parlez-nous de vos deux comédiennes.

J’avais besoin de deux comédiennes avec une forte présence, parce je ne voulais pas d’un film larmoyant ou trop bavard. Lorsque l’on voit Rachida et Fettouma, on se dit : « ce ne sont pas des femmes à se laisser faire ». Cela correspondait bien à mes héroïnes. Rachida et Fettouma ont en commun un regard extraordinairement expressif. Rachida Brakni a une grâce incroyable, elle peut passer de la plus grande douceur à une tension et une violence impressionnantes. Fettouma Bouamari est plutôt l’incarnation de la « mamma » méditerranéenne, qui ne se départit jamais de son culot et de sa gouaille. Elle est moins connue en France mais c’est une comédienne de théâtre et de cinéma très célèbre en Algérie.

Le film est bilingue, voire trilingue avec le berbère. Comment écrit-on des dialogues dans trois langues différentes ?

Les Algériens le font naturellement... Mais il n’est pas facile de retrouver ce naturel à l’écriture ! On se pose des tas de questions sur la position sociale des personnages, la nature de leurs relations, le type de situation dans lequel ils se trouvent... Par exemple Hadj Slimane parle français avec Khadidja quand elle vient le voir à la bijouterie, ce qui dénote une certaine intimité entre eux. Quand on le retrouve dans le maquis, en tant que chef islamiste, il se doit de parler l’arabe devant ses hommes. Mais quand ils se retrouvent tous les deux, à un certain moment ils reviennent au français...

Quelle est la chanson qui accompagne le début et la fin du film ?

C’est Fettouma Bouamari qui chante, en kabyle. Les paroles disent à peu près ceci : « J’ai trouvé sur ma route un serpent. Il était mort de froid. Je l’ai mis dans mon sein pour le réchauffer. Et quand il a eu bien chaud il m’a mordu... » J’ai hésité et finalement renoncé à les traduire : il ne fallait pas donner le mode d’emploi du film dès les premiers plans. Là on se laisse porter par la voix...

Expliquez-nous le titre du film, Barakat !, « Ça suffit ».

Ça suffit la violence qui gangrène cette société. La génération actuelle, celle de la guerre civile, a hérité de la violence de ses parents, celle de la guerre de libération, comme Amel hérite du revolver de son père. L’histoire de ce pays a toujours été violente, on se remet à peine d’une guerre qu’il y en a une autre qui commence. Il est temps d’arrêter le cycle.

Ça peut passer par l’oubli, l’amnistie ?

Evidemment non, il y a un travail de justice et de mémoire à faire. Il faut raconter et expliquer le passé pour pouvoir le digérer et passer à autre chose. Il faut juger les coupables. Ce sera encore plus dur avec cette guerre qu’avec la précédente : lors de la guerre d’indépendance il y avait un ennemi désigné, l’armée française, il y avait une cause juste, l’indépendance. Là c’était les Algériens contre les Algériens. Ça sera long et difficile...

Entretien avec l’actrice Rachida Brakni :

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le scénario de Barakat !

J’ai été touchée par ce double portrait de femmes, qui vont apprendre à se connaître l’une l’autre au fil du voyage. Et puis la perspective de retourner en Algérie m’a décidée. Le film s’est tourné à Tipasa, la région d’où était originaire mon père : c’était l’occasion de retrouver mes racines, de connaître la famille qui me reste là-bas...

C’est la première fois que vous interprétez un rôle dans la langue de vos parents.

Ma langue maternelle est le français, mais à la maison on parlait l’arabe algérien. Cela m’a permis de passer naturellement d’une langue à l’autre pendant le tournage. D’une manière générale ce film m’a amenée à me réconcilier avec de nombreux aspects de mon passé. J’ai vécu ma double culture de manière un peu douloureuse : étrangère en Algérie quand j’y allais l’été en vacances, immigrée en France alors que j’étais née dans ce pays. J’avais une certaine appréhension en partant : j’ai toujours été très fière de mes origines, mais après tout que connaissais-je à ce pays ? Une chose m’a beaucoup frappé, c’est l’amour des Algériens pour la France et la langue française. On sent que malgré les épisodes douloureux de l’histoire, les deux peuples partagent une riche histoire commune.

Comment avez-vous vécu les “ événements ” des années 90 ?

Comme tous les Français j’ai vu arriver la guerre avec horreur et incompréhension. Pourtant j’ai le souvenir lors de nos vacances d’été de voir écrit “ FIS ” sur les murs, et de me demander s’il s’agissait d’une faute d’orthographe... Mais ne vivant pas là-bas, je n’ai rien vu venir. Ensuite j’ai suivi ça de manière douloureuse, parce que j’ai des attaches particulières à ce pays, et parce que j’avais le sentiment d’une situation d’une complexité extrême.

Comment avez-vous abordé le personnage d’Amel ?

Pour moi Amel est quelqu’un qui n’arrive pas à se situer par rapport aux événements historiques qu’elle est en train de vivre. Elle prend la violence de plein fouet, sans comprendre ce qui lui arrive. Mais ça ne l’empêche pas d’agir, au contraire : elle est toujours réactive, elle est dans l’impulsion. Son mari a disparu, il faut qu’elle le retrouve, coûte que coûte.

Parlez nous de votre partenaire, Fettouma Bouamari.

J’ai été très heureuse de tourner avec Fettouma Bouamari, que j’admirais en tant que comédienne et chanteuse. Pour moi c’était une des plus belles femmes algériennes : elle allie une beauté altière à une fantaisie presque enfantine. Elle est capable à la fois de vous émouvoir aux larmes (quand on l’entend chanter) et de vous faire rire aux éclats. Nous avons beaucoup discuté lors du tournage, et elle m’a raconté son parcours, d’actrice, de femme et de citoyenne (elle a été moudjahida), c’était fascinant.

Entretien avec l’actrice Fettouma Bouamari :

Pourquoi avoir accepté le rôle de Khadidja ?

Khadidja est un personnage magnifique : elle a la dignité, le courage, l’amour, sans perdre son caractère ni son humour... C’est tout naturellement qu’elle vole au secours d’Amel. Pour moi elle n’hésite à aucun moment. Elle s’est battue lors de la guerre d’indépendance contre l’injustice que représentait le colonialisme ; elle ne peut que se battre contre cette nouvelle forme d’injustice. Il est très symbolique qu’elle soit infirmière : c’est la femme qui donne la vie mais c’est également elle qui la prolonge.

Vous avez, notamment dans les films de Mohamed Bouamari, toujours interprété des femmes fortes.

J’ai l’impression dans mes rôles d’avoir toujours défendu la femme algérienne. Dans les films de Mohamed Bouamari mais également chez des réalisateurs comme Mohamed Chouikh, Jean-Pierre Lledo, Rachid Bouchareb... Ma carrière s’est construite sur les deux rives de la Méditerranée, entre la France et l’Algérie, mais également entre le théâtre, le cinéma et la chanson.

Vous avez participé à la lutte pour l’indépendance... Est-ce que vous estimez que la situation de la femme s’est dégradée depuis cette époque ?

En Algérie, les femmes ont toujours été en première ligne des combats. On ne peut pas dire que la situation de la femme se soit dégradée : les femmes sont de plus en plus présentes dans les médias, en politique. En revanche, les mentalités, elles, ont beaucoup plus de mal à évoluer.

Comment avez-vous vécu les événements des années 1990, la Guerre civile algérienne...

Attention quand on parle de guerre civile ! Il ne s’agissait pas de tous les Algériens, mais seulement d’une petite partie de la population, qui a confondu la religion avec la politique. J’ai vécu ces événements comme tous les démocrates de ce pays : dans un immense déchirement, mais avec la volonté de combattre. Comme beaucoup j’ai milité dans des associations, j’ai participé à des marches de protestation... J’ai dû m’exiler en France en 1994, au plus fort des attentats et des massacres, parce que ma vie était menacée... C’est pourquoi le sujet de ce film m’a si particulièrement touchée.

Parlez-nous de votre partenaire, Rachida Brakni.

Dès la première lecture il y a eu un véritable coup de foudre entre nous. Rachida est une comédienne remarquable, c’est aussi une personne formidable. Dans le film nous sommes ensemble quasiment dans toutes les scènes, ça crée des liens ! Je peux dire aujourd’hui que Rachida est comme ma fille, comme Khadidja pourrait le dire à propos d’Amel dans le film. Mais toute l’équipe a été formidable sur ce tournage. Et le travail avec Djamila Sahraoui a été passionnant.

Voir la bande annonce de barakat !
Format : QuickTime
Taile : 5.7 Mo

Pays : France
Format : 35 mm - 1.85
Son : Stéréo DTS SR
Durée : 1h34
Fiche artistique :

Amel : Rachida Brakni
Khadidja : Fettouma Bouamari

Fiche technique :

Réalisation : Djamila Sahraoui
Image : Raphaël O’Byrne
Scénario : Djamila Sahraoui - Cécile Vargaftig
Montage : Catherine Gouze
Son : Olivier Schwob
Montage Son/Mixage : Dominique Vieillard
Musique originale : Alla

Pièces jointes :
Télécharger les photos du film
Format : Zip
Taile : 834.5 ko
Copyright 2002-2009 Pierre Grise Distribution - Tous droits réservés - Mentions légales.
©