TETE D’OR

Un film de Gilles Blanchard

Sortie le 7 novembre 2007
Synopsis :

Simon Agnel, jeune idéaliste, rentre au pays après avoir parcouru le monde en vain. Il y retrouve Cébès qui lui déclare sa foi en l’homme fort qu’il est devenu. Simon réalise alors qu’il n’y a d’issue que d’explorer sans limites cette force en lui.

Régicide, il devient Tête d’Or en conquérant le trône, impose un pouvoir absolu et meurt en voulant conquérir le monde.

À ses côtés, des hommes participent à cette épopée et, ainsi, se libèrent de leur joug. Parmi eux, une femme gagnera sa liberté dans sa perte. Fille du roi assassinée, elle sera déchue, soumise à la cruauté de ces hommes mais libérée des entraves de sa condition. Amoureuse, elle choisira de partager le destin de Tête d’Or.

Note du réalisateur :

Le Centre Pénitentiaire de Ploemeur est l’unique décor de cette fresque claudélienne. Les personnages sont tous incarnés par des détenus de la prison. Seule la princesse est une actrice professionnelle, Béatrice Dalle. L’histoire, la langue de Claudel, les costumes détournent ces murs de béton de leur fonction initiale ; l’enceinte devient le château du vieux roi, la citadelle aux portes du désert. Mais la population carcérale, détenus et surveillants, l’univers sonore de la prison restent omniprésents. En prison, la contrainte n’est pas choisie et chacun doit affronter sa culpabilité. Quelles issues ces hommes trouvent-ils pour échapper à ce destin ? Comme pour Claudel à 19 ans, "Tête d’Or" a représenté une issue possible, une voie qu’il ne quittera plus c’est imposée au jeune auteur, celle de l’écriture. Le temps du tournage, la porte de la prison s’est entr’ouverte. Si le détenu est « mis à l’ombre », l’acteur est mis dans la lumière. Dans ce passage de l’ombre à la lumière, chacun fait l’expérience de soi, des autres, du monde.

Pendant 6 semaines, j’ai partagé un premier travail d’écriture scénaristique avec les 26 détenus impliqués dans le projet. L’analyse qu’ils ont pu faire de la pensée claudélienne a été souvent déterminante dans mes choix. C’est la pensée de Claudel dans le scénario qui détermine à quel moment la fiction est la plus forte et à quel moment le contexte l’emporte. C’est parfois clairement séparé, mais parfois ça s’enchevêtre. D’un plan à l’autre, je conduis les acteurs à affirmer, à assumer, par le biais de la fiction, leur expérience carcérale ou à s’échapper dans la fiction.

Cette prison moderne est laide. Le bâtiment a été pensé de façon à ce que le détenu ne puisse avoir une vision globale mais seulement fragmentaire du lieu. Souvent, des détenus échappés ont été retrouvés parce qu’ils s’étaient perdus dans cette enceinte où ils venaient pourtant de passer plusieurs années. Le rapport aux couleurs est particulier dans cette prison en béton. Le seul élément végétal, c’est l’herbe et la terre de la cour et la dominante est le gris. Mais c’est aussi sur ces murs érodés par le vent, le sel (la mer est à 1km) que l’on trouve une gamme de couleur riche et sensible.

Le fonctionnement carcéral ne permet pas un tournage “classique”. Les journées en prison sont ponctuées de micros évènements qui peuvent considérablement perturber le tournage, de même que la disponibilité des détenus, l’accès aux lieux. Le tournage se réalise à l’intérieur de la prison dans les lieux accessibles et autorisés : salle commune, cellule, promenade extérieure, couloir, parloir, infirmerie, atelier, zones neutres extérieures et intérieures... Certaines zones restent totalement inaccessibles pour des raisons de sécurité : miradors, toits terrasses, circulations intérieures autour de l’enceinte. En revanche, nous avons tourné des séquences dans des lieux relativement secrets, tels que les quartiers disciplinaires ou d’isolement.

Si l’oeuvre de Claudel livre un sens nouveau dans ce contexte, la prison et les détenus sont également regardés sous un nouvel éclairage, dont j’espère qu’il contribuera à alimenter, en dehors des a priori, le débat sur l’univers carcéral.

26 détenus interprètent les 26 personnages de cette fiction. Leur profil pénal est très varié. Certains sont condamnés à de longues peines, d’autres plus courtes, récidivistes ou non, de toutes nationalités et de tous âges. Pour la grande majorité, leur culture est essentiellement télévisuelle. Malgré leurs difficultés à intégrer ce langage claudélien, leur faculté d’analyse et de compréhension est souvent remarquable. C’est précisément à cet endroit qu’ils se sont approprié cette oeuvre. S’ils restent des acteurs amateurs, ils véhiculent une vraie richesse, le réel de leur identité et de leur situation.

Un rôle a été confié à une actrice professionnelle, celui de la princesse. Je ne voulais pas passer par le travestissement de l’un des détenus. La femme dans l’oeuvre de Claudel a une place particulière ; c’est celle qui sauve l’homme, qui le sort de ses préoccupations essentiellement matérialistes pour l’emmener dans un univers plus spirituel. Il était important que cette princesse soit une vraie femme. Cette femme est Béatrice Dalle. Dans l’inconscient collectif, elle n’est pas étrangère à cet univers des détenus. Elle a, dans ses rôles et dans sa vie, elle-même flirté avec cette limite à ne pas dépasser. Il me paraissait donc plausible qu’elle soit la princesse de cet étrange royaume.

Mais, comme les détenus, elle est inattendue dans l’univers claudélien et, comme eux, personne ne l’imagine dans ce grand rôle de répertoire. N’ayant reçu aucune formation théâtrale pour devenir actrice, elle est aussi démunie que les détenus / acteurs face à cette langue et à la contrainte de la versification claudélienne ; Etant, comme eux, dans l’expérimentation et non dans la pleine démonstration de son talent, le rapport entre la professionnelle et les amateurs gagne en harmonie. Ce partage devrait nous toucher.

J’ai obtenu du Ministère de la Justice et de la Direction de l’Administration Pénitentiaire, toutes les autorisations nécessaires pour tourner dans la prison et avec les détenus volontaires. Un contrat a été signé avec chacun, concernant leur droit à l’image. Une autorisation de diffusion a été délivrée par le Ministère de la Justice qui a visionné le film pour s’assurer qu’aucun plan ne compromet la sécurité du centre pénitentiaire et qu’il ne contient aucun propos diffamatoire ou mensonger.

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Pays : France
Format : vidéo
Son : Dolby SRD
Durée : 1h36
Fiche artistique :

Tête d’Or : Guenaël
Cébès : Guillaume
La Princesse Armel : Béatrice Dalle

Fiche technique :

Réalisation : Gilles Blanchard
Image : Gilles Blanchard
Scénario : Gilles Blanchard
Montage : Gilles Blanchard
Son : David Wranken
Costumes : Laurence Révillion
Maquillage : Fabienne Legoff
Mixage : Florent Lavallée et Dominique Fano

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