Les inséparables

Un film de Christine Dory

Sortie le 10 décembre 2008
Synopsis :

Boris et Sandra se rencontrent et s’aiment tout de suite d’une passion vive. Assez vive pour les aider à combattre le meilleur ennemi de leur amour : la dépendance. Celle de Boris à la drogue, celle de Sandra à Boris. Liés, accrochés l’un à l’autre, reclus mais vivants, ils vont tenter de vivre leur amour en circuit fermé. Ce faisant, chacun découvrira en soi une force et une humanité insoupçonnées.

Note d’intention de la réalisatrice :

L’AMOUR FOU

J’ai voulu raconter une histoire d’amour fou, ou le désir et la drogue ont force loi, pour donner leur chance aux plus mauvaises raisons d’être ensemble, pour entamer au moins un petit peu le prestige de “l’autonomie” comme valeur. J’ai essayé de montrer ce qu’un grand amour a d’irréductible et d’examiner ses chances de survie. La drogue n’est pas non plus réductible à un produit : c’est un mode de vie, une façon spéciale d’être lié. Boris et Sandra s’aiment. Nous les voyons condamnés d’avance, mais ils combattent si bien qu’on se met à espérer avec eux et à y croire. J’ai tenté de faire partager ce moment où les certitudes tremblent, où la réalité doit s’inventer à chaque pas, et où tout devient possible. Boris et Sandra sont peut être des enfants perdus, mais pas des innocents. Ils ne cessent de réfléchir, d’essayer de comprendre ce qui se passe, pour rester ensemble, parce qu’il croient leur amour plus fort que la drogue, plus fort que la loi. Mon intimité avec cette histoire m’a permis de l’aborder sans fantasme et sans jugement moral, pour rendre justice aux personnages qui s’abîment et s’élèvent en même temps. Au bout du compte, qu’ils réussissent ou non, ce qu’ils auront gagné vaut plus que les plumes qu’ils y auront laissé.

Christine DORY

ENTRETIEN ENTRE CHRISTINE DORY ET NOEMIE LVOVSKY

Noémie Lvovsky : Au début du film, Sandra (Marie Vialle) apparaît comme une fille plutôt ordinaire tandis que Boris (Guillaume Depardieu) est d’emblée extraordinaire. Pourquoi as-tu d’abord opposé les personnages ?

Christine Dory : Pour mieux les rapprocher. Ils sont attirés l’un par l’autre comme des aimants, mais en sourdine, ils sont mus par une intuition très fine l’un de l’autre. Ils se devinent. Boris aime d’abord la santé de Sandra. Elle semble débrouillarde, savoir s’adapter. Sa force sera constamment mise à l’épreuve mais elle ne baissera pas les bras et ne consentira jamais au sacrifice d’elle même. Ils vont vivre une passion plus sportive que mystique.

NL : Sandra est plus complexe qu’il n’y paraît et Boris, plus simple qu’on pourrait croire.

CD : Absolument. Il se drogue pour travailler, c’est à dire vivre. C’est sa façon de marcher. Il n’a pas d’autre besoin. Il vit dans un présent perpétuel et ne projette que dans ses dessins. Ils n’ont pas d’idéal de l’amour. Ils ont en commun d’être concrets.

NL : Ils sont pleins d’enfance, mais ce sont des adultes. On le sentiment que l’histoire est racontée longtemps après avoir été vécue.

CD : Je connais cette histoire. J’ai vécu quelque chose de similaire il y a longtemps. J’ai tenté de réfléchir à ce qui fait qu’on peut durer, dépasser sans cesse ses limites et passer outre l’évidence : c’est une histoire d’amour impossible. Le film essaie de raconter qu’il y a dans l’amour quelque chose d’irréductible, qui échappe à tout ce qu’on peut savoir. Le recul dont tu parles est fait à la fois de la capacité de Boris et Sandra à réfléchir et du temps qu’il m’a fallu pour faire de leur combat un spectacle. Je suis passée par des phases plus sévères à leur égard. Mais la disparition de toute forme de jugement moral est une condition de mise en scène et un choix esthétique : le moyen de toucher ce qui reste de vivant et commun à tous dans une histoire particulière.

NL : C’est une expérience en laquelle chacun se retrouve.

CD : C’est une histoire d’amour. Boris évoque “une adversité terrible” à laquelle ils doivent faire face ensemble. Il s’agit du contexte social qui menace l’amour et que l’amour menace en retour. Si on s’en préserve, on peut durer longtemps. Mais il y a un prix. Sandra cesse de payer quand son existence est menacée. C’est la séparation. Mais la séparation fait aussi partie de leur histoire et ils n’arrivent pas à renoncer à la voluptueuse joie des retrouvailles. C’est leur scène préférée.

NL : Au cinéma, quand des personnages font de la peinture (ou sont écrivains, ou musiciens, ou acteurs) le plus dur est de croire en leur talent. Le film peut bien nous le dire mais ça ne suffit pas pour y croire. Il faut le voir. Ton film donne à voir le talent de Boris. Les dessins d’Eric Arbez sont magnifiques. Comment avez vous travaillé ensemble ?

CD : Tous les dessins ont été faits pour le film. Eric Arbez a travaillé longuement avec Marie. Il y a eu des séances de nu. J’ai assisté à quelques séances au début parce qu’ils étaient tous les deux anxieux. Marie a travaillé son personnage au cours de ces séances. Pour Guillaume, Eric a travaillé à partir de photos. Quand j’ai montré les dessins à Guillaume, il a été très satisfait. Il avait besoin lui aussi d’être convaincu par le talent de Boris. Les dessins ont aussi un rôle narratif puisqu’ils racontent des séquences de leur vie qui ne sont pas dans le film : Sandra dans la neige, Sandra en Père Noël... on voit qu’ils ont vécu des tas de choses sans nous.

NL : Pour dessiner Sandra, il a fallu qu’Eric soit un peu Boris, donc un peu acteur ?

CD : Oui. De même que Boris est un peu Eric. Quelque chose d’amical, joyeux, dynamique, circulait bien entre nous tous. Guillaume qui m’avait dit : “Je te préviens, je ne sais pas tenir un crayon”, s’est mis à savoir dessiner : il entrait dans les dessins avec des gestes qui s’harmonisaient parfaitement aux traits d’Eric. Ils ont en commun d’être des artistes authentiques. Guillaume est aussi un musicien merveilleux. C’est marquant dans sa façon de jouer la comédie.

NL : Tu as filmé Guillaume Depardieu de façon très intime, tu le connaissais avant le film ?

CD : Non. Tout le temps de l’écriture je pensais à lui, mais je ne l’ai rencontré qu’après. Il a lu. Il a dit à Martine Marignac : “ok, je le fais”. Quand il est arrivé pour notre premier rendez-vous, il s’est assis et a dit : “Je ne vais pas le faire, je ne suis pas assez beau”. J’étais déroutée. Je me suis dit : “Ne réponds pas”. Je lui ai souri. Il m’a regardé longuement et a dit : “C’est bon, je le fais”. Il faut dire que quand j’ai commencé à parler de lui pour le rôle je me suis heurtée à pas mal de réticences. Même de la part de Martine qui pourtant l’aime profondément. Les gens redoutaient qu’il soit trop sombre. Ils imaginaient que mon choix se réduisait à son expérience de la drogue alors qu’au contraire j’étais touchée par son côté solaire. Il irradie. Je ne voyais pas qui mieux que lui pouvait incarner la détermination radicale de Boris et sa fragilité. Et puis, il est très intelligent, c’est un immense privilège de travailler avec lui.

NL : Comment as-tu travaillé avec lui ?

CD : Guillaume est intuitif. J’ai réuni des conditions qui lui inspiraient confiance et je crois pouvoir dire que c’est tout ce dont il a besoin. Il est naturellement juste et inspiré. Il aime la présence des femmes et nous étions largement majoritaires ! Il leur renvoie une image très érotisée d’elles mêmes. Il était notre Homme. Marie et moi étions ses morues et nous étions très flattées. Faut-il qu’il soit sexy ! Quand il lui arrivait d’être un peu sévère à l’égard de Boris, je l’en empêchais et je crois qu’il prenait pour lui-même l’indulgence militante que j’avais pour Boris. Ça le rassurait.

NL : Boris n’a pas l’intention de changer. Il veut rester dépendant de la drogue. C’est assez provoquant non ?

CD : Non. C’est une juste connaissance de soi et une mesure de survie. Pour certaines personnes c’est dangereux de décrocher. Il faut le savoir. Boris ne désire pas avoir une bonne vie. Il s’en fout. Ce n’est pas un jouisseur social.

NL : La drogue n’est pas le sujet du film. C’est une donnée. Tu n’en as pas une vision romantique.

CD : En effet, la drogue ne me fait pas fantasmer. Je me méfie comme de la peste des visions rock’n roll de la dope. Boris ne se défonce pas pour faire la fête : il a une oeuvre à accomplir et doit veiller à protéger ses conditions de travail.

NL : C’est ce qui rend la tâche difficile pour Sandra. Elle voudrait “construire quelque chose” et il répond : “Tu devrais pas écouter ces conneries, c’est de la propagande”...

CD : Elle l’admire, mais elle n’est pas dupe. Boris n’est sans doute pas à la hauteur de ses ambitions, mais il a la dignité de ne pas y renoncer. Guillaume s’est approprié cette arrogance en jouant l’humilité : il n’est pas fier de lui. Ça fait un effet assez comique, déroutant. Les bras vous en tombent. En même temps qu’il est “de mauvaise foi”, il dit quelque chose de vrai : “ne crois pas que ce qu’on nous propose de “construire” est une solution pour durer amoureusement”.

NL : Dans cette scène, Marie Vialle est très subtile. C’est une actrice qui a l’expérience du théâtre mais qui a peu joué au cinéma. Comment l’as tu connue ? Comment avez-vous travaillé ?

CD : Sandra était moins bien dessinée que Boris dans le scénario, je connaissais mieux son parcours que son caractère. J’avais en tête de choisir une personne et de me dire : Sandra sera comme elle. Stéphane Battut le directeur de casting m’a présenté Marie. Elle m’a tout de suite plu mais je craignais qu’elle soit trop enfantine. J’étais sûre que Sandra ne devait pas être une jeune fille, mais une femme. Pendant la préparation, elle décortiquait chaque scène, venait chez moi avec des questions précises auxquelles je devais répondre avec autant de précision. Tout malentendu étant écarté, elle pouvait sur le tournage s’engager physiquement.

NL : Quand ils se séparent, ils s’aiment encore.

CD : Ils se séparent pour rester vivants. La scène a été terrible à tourner. Marie souffrait de cette séparation. L’explosion de la bulle dans laquelle Boris et Sandra vivaient rejoignait la réalité. On devait quitter l’appartement alors que nous avions vécu dans un cocon pendant trois semaines. Nous étions tous très angoissés mais Marie était vraiment affectée. Idem pour l’épilogue, quand elle vient le voir au vernissage de son exposition. Ils sont toujours sous le charme l’un de l’autre, bouleversés de se revoir. Nous avons fait trente prises car Marie craquait complètement. C’est là que Guillaume a eu l’idée du petit sourire du dernier plan : “je vais sourire, parce que tu ne perds rien pour attendre morue, je vais pas t’abandonner”. On a quand même gardé la première prise.

NL : Marie Vialle une très belle jeune femme qui ne joue pas de sa beauté.

CD : C’est vrai. Sinon, je ne l’aurais pas aimée. Nous avions un modèle que je lui rappelais souvent. Elle devait penser à Tex Avery et à Terminator : des personnages qui se redressent toujours quelque soit le ciel qui leur tombe sur la tête. On vacille, on nous croit mort, et on se remet debout.

NL : Je crois que tu as eu très peu d’argent. Comment s’est passée la production ?

CD : Au début, comme sur des roulettes. Martine Marignac est une reine. Elle a lu quelques pages, ça lui a plu. Elle a vu Blonde et Brune, on a signé. Tout au long de l’écriture elle était ma première lectrice. J’aime sa façon de lire et de parler. Elle dit ce qu’elle ressent, ne propose pas de solution et ne fait pas semblant. Elle m’a laissée libre à toutes les étapes tout en étant très concrète et proche du sens du film. On s’est rencontrées sur l’essentiel. Ensuite, nous avons fait le film avec l’avance sur recette et la région Ile de France, c’est peu. Mais en même temps je n’avais jamais eu autant d’argent !

NL : S’il y avait un poème que Boris pourrait adresser à Sandra des années plus tard...

CD : Un poème de Bukowski, “Poème pour une vieille femme aux dents gâtées” (Ed. Grasset Fasquelle). C’est la voix d’un vieil homme qui rend hommage à une femme qu’il a aimé, et qu’il a fait souffrir sans le vouloir. Longtemps après avoir lu ce poème, j’ai vu un extrait du film de Barbet Schroeder sur Bukowski où on voit une vielle femme avec de longs cheveux blancs, c’est la mère de sa fille, elle vient parler de lui avec beaucoup de respect, et elle dit : “il nous a toujours aidé, quand on avait faim, il nous a toujours donné à manger”.

Propos recueillis le 3 octobre 2008 et mis en forme par Charles Tesson.

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Taile : 7.5 Mo

Pays : France
Format : 35 mm - 1.66
Son : Dolby SRD
Durée : 100 minutes
Fiche artistique :

Boris : Guillaume Depardieu
Sandra : Marie Vialle

Fiche technique :

Réalisation : Christine Dory
Scénario : Christine Dory avec la collaboration de Gaelle Macé
Production : Pierre Grise Productions
Produit par : Martine Marignac & Maurice Tinchant
Image : Julie Grunebaum
Son : Cédric Deloche
Décoration : Antoine Platteau
Costumes : Jette Kraghede
Montage : Saskia Berthod
Mixage : Emmanuel Croset
Etalonnage : Alain Guarda, Mathilde Delacroix
Musique : Reno Isaac

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