Chaque vacances scolaires, Danièle accompagne ses petits-enfants chez l’ex-mari de sa fille. Cette fois-ci, l’absence du père à l’arrivée lui permet de prolonger son séjour et de profiter d’eux plus longtemps. Mais sous la grand-mère modèle, dynamique et pédagogue, affleure une femme en proie à un malaise profond. Lasse de son entourage et de son quotidien, Danièle ne trouve plus de sens à sa vie qu’auprès de ses petits-enfants. Elle se révèle très vite incapable de se séparer d’eux et les petites vacances improvisées prennent irrésistiblement des allures d’enlèvement...
le vendredi 5 janvier au Donat de Lans en Vercors
le mardi 9 janvier à 20h30 au Comoedia de Lyon
le mercredi 10 janvier aux Nemours de Annecy
le vendredi 19 janvier à 20h à l’Apollo de Ponteau Combault
le dimanche 21 janvier à 16h au Gaumont de Angers dans le cadre du festival Premiers Plans
le lundi 22 janvier à 20h15 à l’UGC Ciné Cité Les Halles à Paris
le jeudi 25 janvier à 20h à l’ABC de Toulouse
le vendredi 26 janvier à 20h aux Variétés de Bellegarde
le samedi 27 janvier à 20h au Cinéville de Conflans Ste Honorine
le dimanche 28 janvier à 15h au Café des Images de Hérouville St Claire - en présence de Bernadette Lafont
le lundi 29 janvier à 20h30 au Rex de Chatenay Malabry
le jeudi 1er février à 20h au CinéCarne de St Michel sur orge
le vendredi 2 février à 20h aux Arcades de Cannes - en présence de Claire Nadeau
le dimanche 4 février à 17h à l’espace Marcel Pagnol de Malakoff
le jeudi 8 février à 20h30 à l’Hippodrome de Douai
le vendredi 9 février à 16h au Jan Arp de Clamart
le dimanche 11 février à 16h au cinéma CEP de Vallet
www.lespetitesvacances-lefilm.com
LE PROJET
Derrière l’histoire d’une grand-mère qui kidnappe ses petits-enfants, il y a la volonté de raconter une histoire universelle, faire un portrait intime qui commencerait par la comédie avant de flirter avec le drame. Ça me semblait particulièrement approprié à cette femme qui se jette à corps perdu dans son rôle de grand-mère modèle, mais va devoir se réinventer en tant que femme. Derrière le vernis, je voulais filmer les craquelures, les fissures, d’où la volonté de tirer cette comédie “familiale” vers un drame de l’intime et peut-être un drame tout court.
LE PERSONNAGE DE DANIELE
Pendant l’écriture, je me souviens avoir avoué à Cyril Brody, le co-scénariste, "Danièle c’est moi !". Je cherchais le vertige dont on est pris quand on a l’impression que plus rien n’est possible, mais que tout pourrait l’être à nouveau si on consentait à faire face, à lâcher prise quitte à déraper. Ce sont des périodes de remise en question qui n’ont pas les mêmes répercussions ni la même intensité à chaque âge de la vie. "Il y a deux âges privilégiés pour se préoccuper du sens de la vie : l’adolescence où tout est en éveil, où l’inquiétude, qui peut être extrême, est matinée d’espoir sous-tendu par les forces vives en ébullition, et puis le moment de reconnaissance, l’intime conviction de la naissance de la vieillesse, de son parcours inéluctable, point de départ d’une interrogation à vous rendre fou sur votre devenir." J’ai découvert le livre Claude Olivenstein Naissance de la vieillesse après l’écriture du scénario, mais c’était vraiment de ces deux âges dont nous parlions. Danièle est institutrice à la retraite, habituée à son rôle de grand-mère parfaite, utile, efficace, pédagogue, toujours prête à brandir de vraies valeurs au lieu d’être dans la spontanéité et dans la sensation. Or, à l’occasion de ces petites vacances avec ses petits-enfants, elle dérape. Elle prend conscience qu’elle ne peut plus se satisfaire de ce rôle de "mamie utile" dans lequel elle s’est sûrement enfermée elle-même, elle prend conscience que sa petite-fille commence à avoir un corps de femme, séduisant, sexuel, un corps qu’elle croit avoir perdu. Tout l’enjeu du film, c’est d’observer comment ces deux femmes acquièrent, s’échangent et se transmettent cette féminité.
BERNADETTE LAFONT
Danièle est un personnage complexe, en demi-teinte, en contradiction. Elle dit une chose, mais son corps en exprime une autre. Elle voudrait être forte, mais n’est que fragilité ; elle se veut aimable, mais devient impulsive, presque violente ; elle veut tout contrôler alors qu’elle n’arrive même plus à se comprendre. Elle doit à la fois être sympathique, émouvante, un peu ridicule au début quand elle s’enferre dans son rôle de mamie, mais elle doit aussi nous apparaître inquiétante et menaçante à mesure que la situation dégénère. Bernadette Lafont apporte d’emblée une force au personnage, une possible violence qui évite d’en faire une victime, de sa famille ou de la société. Sa pétulance et son dynamisme rendent le personnage drôle et attachant, mais ce qui m’intéressait surtout, c’était de travailler sur la fragilité. C’est un vrai contre-emploi pour Bernadette qui a rarement joué des femmes en perdition. Pour travailler le rôle, nous avons cherché à faire ressortir sa douceur, ses fêlures, pour apporter au personnage complexité, profondeur et émotion. Elle a tout de suite aimé le scénario, même si elle se méfiait du personnage de Danièle, tellement loin d’elle. Conduire Bernadette à cet état de lâcher prise était pour moi un enjeu de taille, d’autant que je ne soupçonnais pas à quel point c’était nouveau pour elle. Avant le tournage, elle m’a spontanément proposé d’arrêter de se colorer les cheveux et de laisser sa couleur naturelle. Plus tard, elle a accepté de travailler avec très peu ou pas de maquillage. Elle m’a également étonné par sa franchise à parler de la raréfaction, les années passant, des occasions de se confronter à des personnages aussi forts que ceux qu’on a pu lui proposer par le passé. Ses problématiques de comédienne et de femme rejoignent celles du personnage et c’est sûrement ce qui explique son implication si forte dans ce projet.
DIRIGER LES ACTEURS
Plutôt que de les diriger, j’essaie de les "mettre en humeur". Il n’y a pas de méthode unique puisqu’il n’y a pas de comédiens identiques. Sur Les Petites Vacances, c’est d’autant plus vrai que Bernadette, Adèle et Lucas ont chacun une histoire humaine et cinématographique spécifique. Bernadette a la carrière qu’on lui connaît, Adèle était en pleine adolescence, avait tourné dans deux films mais jamais de premier rôle. Quant à Lucas, il n’avait que 6 ans et n’avait jamais tourné. J’avais donc trois façons totalement différentes de leur parler parce qu’ils n’attendaient pas la même chose de moi, c’est tellement intime le rapport avec un comédien... Pour les mettre en confiance, j’ai moi-même besoin d’être en confiance et donc de les connaître, pas de façon anecdotique ou factuelle, mais de comprendre comment ils fonctionnent. Après, je m’adapte.
LA MUSIQUE...
J’aime l’idée de "réalisateur-musicien". J’ai longtemps joué d’un instrument et quand j’écris un scénario, je dois trouver l’air, la chanson ou le genre musical qui correspond à l’atmosphère du film et qui m’aide à me mettre en condition. Avec Jérôme Baur, le compositeur, j’ai travaillé de façon aussi proche qu’avec le directeur de la photo et pendant le montage, c’était un aller-retour incessant entre le monteur et le musicien. Le film s’est vraiment nourri de la musique et inversement.
Comme dans mes cinq courts-métrages, je suis toujours à la recherche d’un rythme propre à l’image, par les cadres, les mouvements de caméra, avec des pauses et des accélérations. Ici, la musicalité est renforcée par le côté road movie du film, l’aventure de Danièle et de ses petits-enfants étant ponctuée par les rencontres avec l’homme du palace (Claude Brasseur) ou Nicole (Claire Nadeau). Le personnage de Danièle, comme une ligne de basse, porte la mélodie du film qui se développe de séquence en séquence, pour changer de rythme quand elle se jette à l’eau et traverse le lac Léman en bateau. De l’autre côté, elle bascule dans une toute autre dimension, une toute nouvelle mélodie.
LA SCENE FINALE
Une question d’interprétation ! Certains pensent qu’en partant, elle va vraiment réfléchir avant de retourner vers sa famille, d’autres pensent qu’elle va se suicider, d’autres qu’elle va retrouver Brasseur... J’avais pleinement conscience de cette fin ouverte, même si je ne suis pas forcément d’accord avec toutes les interprétations, mais ce que j’aime, c’est que lorsque les spectateurs me livrent la leur, ce n’est plus de mon film qu’ils me parlent, mais d’eux.
LES PETITE VACANCES, PREMIER FILM, PREMIER ROLE
Dans les années 70, je portais entièrement des films, Une belle fille comme moi de Truffaut, La fiancée du pirate de Nelly Kaplan, mais à l’époque je n’avais pas du tout les mêmes armes pour aborder un rôle ! Je m’adorais ! Oui, je m’adorais ! Pour jouer Danièle, l’héroïne des Petites Vacances, j’étais un peu plus démunie, Olivier Peyon m’avait demandé de travailler quasiment sans maquillage. Quand on a été dans la séduction, qu’on a été connue pour ça, c’est compliqué... De ce point de vue, le tournage des Petites Vacances a été vraiment rude. Mais c’est aussi ce qui m’excitait, parce que là, c’est vraiment LE rôle de la soixantaine. C’est aussi l’occasion de pouvoir boucler la boucle, en quelque sorte, avec ce film qui arrive cinquante ans après avoir commencé avec Truffaut en 57.
C’est un premier film, comme l’étaient ceux de Truffaut ou de Chabrol. Il y a quelque chose qui est logique dans ce parcours-là... J’avais une grande confiance en Peyon. Je savais que j’avais en face de moi, plutôt avec moi, un très bon chef d’orchestre, quelqu’un qui tenait son film. D’ailleurs, il me fait penser à un mélange de Truffaut et de Garrel. De Truffaut parce qu’Olivier est très rapide comme lui, qu’il a quelque chose d’un petit furet, et surtout, il a cette même manière très particulière d’être là, d’être vraiment avec les acteurs. Il me rappelle aussi Garrel, pour un certain sens de l’onirisme.
DANIELE, UN NOUVEAU REGISTRE
Quand je suis arrivée sur le tournage, je me suis dit : “Danièle est fragile... Comment je vais faire, costaud comme je suis, pour rentrer là-dedans ?” C’est un registre que je ne connaissais pas. Certaines actrices pleurent facilement mais moi, j’ai beaucoup de résistance de ce côté-là, énormément d’angoisse, dont je ne sais pas spontanément me servir. Quand on est comédien, on est à la fois le marionnettiste et la marionnette. Mais cette marionnette-là, il fallait la faire exister et je ne la connaissais pas du tout. Il fallait que je lâche quelque chose, que je m’abandonne. Par exemple, cette scène dans les toilettes, où je pleure, où je suffoque, c’est très nouveau pour moi.
La difficulté consistait à toujours garder une tension intérieure, une immense rage. Sur le plateau par exemple, en dehors des prises, je ne me laissais jamais à aller à papoter comme je le fais d’habitude. Au contraire, je restais seule, je regardais ces paysages de montagne, grandioses, qui m’aidaient à ressentir le rien, la fragilité.
Incarner le personnage de Danièle, c’était une histoire d’énergie à retourner comme un gant. Même si tout va bien, parce qu’elle a de l’argent, un mari, une famille, des amis... Tout lui apparaît comme une coquille vide quand elle réalise que ses petits-enfants n’auront bientôt plus besoin d’elle. Elle veut leur plaire absolument, les séduire, elle en rajoute. Rien à faire, ils s’en fichent parce qu’ils ne la voient pas. Elle est dépossédée de tout, perdue au bord de la vieillesse.
CLAUDE BRASSEUR
J’aime beaucoup Claude Brasseur, je l’ai souvent croisé. On a joué plusieurs fois ensemble, dans Une belle fille comme moi, et bien avant ça, Le Clair de lune à Maubeuge. Il nous a fait le cadeau d’accepter ce petit rôle, parce qu’il voulait, comme il l’a dit à Olivier, tourner de nouveau avec moi. C’étaient des retrouvailles, une bouffée d’air pour moi comme pour le personnage. Quand Claude apparaît dans le film, il a un peu l’air d’une guest star, une espèce de mythe. Tout d’un coup, la scène prend une autre dimension. On n’est plus seulement dans l’histoire, mais dans une histoire de cinéma.
LES PETITES VACANCES, QUELLES TRACES ?
Je suis comme une bande magnétique, quand un rôle est fini, j’efface et je repars à zéro, je passe au suivant. Certains restent accrochés à des rôles et ne peuvent plus s’en sortir. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. Heureusement, j’ai le théâtre qui est une discipline, qui est plus revigorant que le cinéma, parce que c’est terrible de n’être qu’une chose au cinéma. Mais je dois dire que ce film m’a fait beaucoup de bien, pour son exigence, l’enjeu qu’il représentait pour moi et aussi, parce qu’il coïncide avec mes cinquante ans de cinéma, le sentiment d’avoir fait ma boucle, d’avoir eu tous les âges à l’écran. Même si je ne tourne plus jamais de film, il y aura celui-là...
Né en 1969 dans la région parisienne, Olivier Peyon a grandi à Nantes où après une licence d’économie, il décide de revenir à Paris pour travailler comme assistant de production sur les films d’Idrissa Ouedraogo et d’entamer des études de cinéma.
Après un passage par le Centre National de la Cinématographie, il réalise 5 courts métrages dont Promis, Juré (1996) primé à Rennes, Jingle Bells (1997) sélectionné à la 54ème Mostra de Venise et primé à Brest, Sarlat, Brest et Rennes, Claquage après Etirements (2000) et A tes amours (2001), primé à New York, Gardanne, Luchon, La Ciotat ; Ces deux derniers films étant nominés aux Lutins du courts métrages.
Les Petites Vacances est son premier long métrage. Il a été lauréat des Trophées du premier scénario CNC en 2003, a reçu le prix Gan du meilleur scénario au Festival des Scénaristes de La Ciotat et a été retenu pour les lectures de scénario du festival Premiers Plans à Angers en 2004, festival où le film sera projeté en avant-première en 2007 lors d’un hommage aux cinquante ans de carrière de Bernadette Lafont.
La mamie : Bernadette Lafont
La petite-fille : Adèle Csech
Le petit-fils : Lucas Franchi
L’homme : Claude Brasseur
L’amie : Claire Nadeau
Réalisation : Olivier Peyon
Image : Alexis Kavyrchine
Scénario : Olivier Peyon - Cyril Brody - Gladys Marciano
Montage : Fabrice Rouaud
Son : Xavier Griette
Chef décorateur : Mathieu Menut