Le pont des arts

Un film de Eugène Green

Sortie le 10 novembre 2004
Synopsis :

Paris, 1979-1980.

Pascal repousse résolument le moment de commencer sa maîtrise en philosophie. Son amie, Christine, n’arrive pas à comprendre sa désinvolture.

Sarah est chanteuse dans un ensemble baroque, et se dédie à son art. Manuel, son compagnon, essaie de la soutenir.

Dans le monde de la culture baroque s’agite un joyeux trio. Sous les auspices de la chair et du vin se concrétisent les projets de demain, et notamment un événement autour de Monteverdi.

Sous la direction de l’Innommable, le musicien du trio, homme aussi cruel qu’arrogant, Sarah se jette à corps perdu dans l’enregistrement du Lamento della ninfa.

Le disque sort et obtient un succès certain.

Pascal le reçoit en cadeau pour Noël de la part de Christine et découvre avec ravissement la voix de Sarah.

Sarah reprend les séances de travail avec l’Innommable, mais ce dernier est de plus en plus humiliant et violent à son encontre. Elle abdique.

Pascal sombre progressivement dans une torpeur et une mélancolie que ne peut plus supporter sa compagne. Elle le quitte.

Touchés pareillement par le malheur, liés intimement par la musique, Sarah et Pascal partagent des rêves absolus.

Mais pour combien de temps encore ?

Note de présentation :

La première version du scénario a été écrite à la fin de 1997, mais le tournage n’a eu lieu qu’en hiver-printemps de 2004. Au cours de cette longue période de gestation certains éléments ont évolué, mais l’idée centrale du film a toujours été que l’art est un aspect organique de la condition humaine, et un lieu de passage entre la vie et la mort. Si le sujet est simple, la construction narrative est plus complexe, puisqu’elle est fondée sur l’enchevêtrement de plusieurs fils. Néanmoins tous ces éléments ne forment qu’une seule histoire polyphonique, chaque voix indépendante ne trouvant son plein sens que par rapport aux autres. J’ai toujours trouvé un plaisir immense dans la création de “ fictions ”, mais un film, comme toute œuvre d’art, est forcément un reflet du passage de son auteur dans le monde. Le point de départ de l’histoire du Pont des Arts était pour moi le fait, apparemment banal, de pousser la porte d’une boulangerie de la rue Saint-Jacques, un après-midi de janvier 1979, et d’y découvrir la patronne, complètement effondrée, qui racontait à ses clients que dans l’immeuble un étudiant venait de se suicider par le gaz. L’action du film se situe en 1979-1980 parce que, dans le monde de la musique baroque et du théâtre, certaines choses se mettaient alors en place, mais autrement l’histoire aurait pu se passer aujourd’hui, car le décalage entre l’expression artistique et “ la culture ” comme enjeu de pouvoir reste, hélas, toujours aussi grand. Si j’ai bien connu les milieux décrits dans Le Pont des Arts, et si tous les éléments les représentant viennent d’une observation de la réalité, il n’y a aucune intention de faire le portrait de personnes particulières, car je crois que l’art doit tendre vers l’universel.

Je ne recommencerai pas ici à expliquer ou à justifier des partis pris esthétiques dont témoignent déjà mes films précédents. Je tiens simplement à souligner que la dernière séquence n’a rien de surnaturel ni de “ fantastique ”, mais correspond à une vision globale de la réalité que le cinéma, de tous les arts, est le plus à même d’exprimer.

Bien que Le Pont des Arts comporte des éléments très graves, j’espère que les spectateurs ne le recevront pas comme un film triste. D’une certaine manière c’est un film sur la grâce, celle que les théologiens jansénistes qualifiaient d’efficace, et qui n’est pas très différente de ce que les Grecs anciens appelaient la Nécessité : une force venue de l’extérieur qui met l’être sur son chemin, l’obligeant à devenir ce qu’il est. Portée par ce souffle, qui se confond avec le sien, Sarah arrive à transcender les contradictions de son existence dans la musique, et cette grâce, présente dans son chant, permet à Pascal et à Manuel d’aller vers leur but inévitable, le Pont des Arts, où, sous la clarté aveuglante de midi, se rencontrent les vivants et les morts. Vu de cette façon, le film ne peut paraître “ sombre ”, car la grâce, comme le cinéma, est lumière. Eugène Green.

Notules sur les acteurs :

Eugène Green parle de sa belle équipe :

Le travail avec les acteurs

Je conçois la création cinématographique comme un acte d’amour. Ma relation aux comédiens est affective. Comme Bresson, je recherche la vérité intérieure de l’être, mais tandis qu’il la captait à l’insu de ses modèles, j’espère l’atteindre grâce à la complicité active de mes acteurs professionnels.

Natacha RÉGNIER

Il se dégage de Natacha une assise, une force évidentes, mais dès notre première rencontre j’ai été frappé par autre chose. Au cours des séances de travail est apparue ce que j’appelle sa lumière : Natacha est une actrice qui prend superbement la lumière extérieure, mais elle rayonne aussi d’une clarté qui vient d’elle. Toute la vie de Sarah, son don artistique aussi bien que son destin tragique, peut être lue comme une expression de la grâce : Natacha par sa seule présence est capable de donner corps à cette notion métaphysique.

Adrien MICHAUX

Nos précédentes collaborations ont créé entre nous une complicité étroite. Adrien est un acteur qui a besoin de passer par l’intelligence pour saisir toutes les subtilités du scénario, afin de pouvoir se laisser aller à son instinct au moment du tournage. Son don pour l’écriture se manifeste dans l’aura poétique qu’il transmet à ses personnages. De film en film Adrien se montre toujours plus à l’aise et plus libre face aux contraintes techniques. Dans Le Pont des Arts, nous sommes arrivés à un résultat inédit, en ce qui concerne l’intensité et la pureté des émotions.

Alexis LORET

J’ai apprécié Alexis déjà dans son premier rôle, le héros de Alice et Martin de André Téchiné. Pour moi, il représente, par rapport à Adrien, un autre versant de l’adolescent qui subsiste en l’homme. C’est un acteur qui peu à peu prend conscience de ses grandes possibilités. Les qualités physiques et intérieures qu’il possède, il les utilise avec naturel, détachement, et générosité. Son intelligence intuitive, jointe à une rigueur formelle de plus en plus maîtrisée, aboutissent à quelque chose de très noble.

Denis PODALYDÈS

Lui proposer le rôle de l’Innommable était une idée de Martine de Clermont Tonnerre, ma productrice. J’avais toujours estimé le travail de Denis, mais je ne l’imaginais pas dans ce personnage. Or, en le voyant au théâtre, puis en le rencontrant, j’ai pris conscience de son incroyable capacité de construction intellectuelle. Je lui demandais, pour ce film, de se forger un masque cinématographique, qui deviendrait un être vivant grâce aux émanations de son énergie. Denis a intégré avec concentration et précision les contraintes du jeu pour ensuite, de manière presque ludique, créer ce personnage à la fois bouffon et diabolique. Je crois qu’il s’est amusé au cours de ce travail, et pour moi c’était un plaisir partagé.

Olivier GOURMET

J’ai toujours pensé à Olivier pour le personnage de Méréville. Je ne l’avais jamais vu dans un rôle de ce genre, mais j’étais convaincu que sa présence physique et son incroyable énergie pourraient devenir la réalité de ce grand bourgeois autour de qui se tissent des réseaux de pouvoir culturel. De son côté il a apprécié le défi. Le personnage a quelque chose de grotesque, mais de manière subtile Olivier lui a ajouté un côté pathétique, ce qui n’est pas un mal.

Jérémie RÉNIER

Je l’avais vu dans La Promesse des frères Dardenne et dans Le Pornographe de Bertrand Bonello, deux films où il faisait montre d’une grande maturité. Par son physique Jérémie apporte à Cédric une fragilité touchante, et en même temps son énergie intérieure exprime une certaine gravité. Son personnage est très important dans le film : son impassibilité par rapport au commerce dont il est l’objet souligne le tragique de sa situation, et l’affliction qu’il ressent devant la souffrance de Sarah le rend profondément sympathique.

Camille CARRAZ

C’est son premier film, mais pendant le tournage elle s’est montrée tout à fait à l’aise, apportant une énergie et un engagement qui l’ont fait apprécier de toute l’équipe. Dans la vie Camille est généreuse et décontractée, mais je lui ai demandé d’interpréter Christine, dans l’espoir, non déçu, de la voir apporter quelques nuances à ce personnage atteint par les effets asséchants de l’intellectualisme. Elle a en effet ajouté une petite musique mélancolique qui rend la jeune femme moins rébarbative.

Christelle PROT

Christelle est une très grande actrice. Elle a une présence physique immédiate et sensuelle, mais en même temps son regard dégage une forte spiritualité. C’est la première interprète que j’ai choisie pour Toutes les nuits. Christelle arrive toujours sur le plateau dans un état de concentration profonde, ayant beaucoup travaillé de son côté. Dans Le Pont des Arts, pour la première fois, je n’avais pas de grand rôle à lui proposer, mais je suis très content qu’elle ait accepté de jouer cette chanteuse kurde qui sort de la nuit, annonçant la rencontre prochaine sur le pont, et qu’elle investit à la fois d’une réalité concrète et d’un grand mystère.

Raphaël O’BYRNE

Raphaël, chef-opérateur de tous mes films, possède une forte personnalité artistique, étant lui-même réalisateur, mais en tant que directeur de la photographie il arrive à entrer parfaitement dans mon univers. De notre collaboration est née une grande complicité, de sorte que maintenant la simple lecture des indications écrites lui suffit en général pour trouver le cadre et les effets de lumière que j’imaginais. Il apporte beaucoup à l’image, mais au final je reconnais toujours quelque chose comme ce que j’avais en tête. Notre expérience commune nous permet de gagner du temps, et d’aller de plus en plus loin dans l’expression artistique.

Vincent DUMESTRE

Nous sommes amis depuis longtemps. J’ai beaucoup d’estime pour son travail, qui va dans le même sens que mes propres recherches autour du baroque. Nous avons réalisé ensemble un disque, La Conversation, et Vincent a enregistré la chanson de Jannequin, Toutes les nuits, qui a donné son titre au film ; par ailleurs, nous avons élaboré plusieurs projets de spectacles scéniques qui n’ont jamais vu le jour. Actuellement on peut voir, sous la direction musicale de Vincent, une mise en scène du Bourgeois gentilhomme par Benjamin Lazar (qui joue le rôle de Michel dans Le Pont des Arts), et sans y avoir participé personnellement, je considère ce spectacle comme l’héritage de nos efforts communs.

Le Lamento della ninfa était au cœur du Pont des Arts depuis la première rédaction du scénario, mais j’ai fait entièrement confiance à Vincent pour interpréter l’œuvre de Monteverdi, ainsi que pour la direction des autres morceaux qu’il a enregistrés. De même que je pense que le cinéma est la parole faite image, pour Vincent, comme l’indique le nom de son ensemble le « Poème harmonique », la musique est une émanation sonore du verbe.

Claire LEFILLIÂTRE

Elle possède une voix à la fois charnelle et spirituelle, limpide et mystérieuse. C’est une chanteuse très douée pour le répertoire baroque en général, et l’interprète idéale pour la voix chantée de Sarah. A l’image de ce qui m’attire chez certains comédiens, Claire possède une parfaite maîtrise technique qui lui permet de libérer une grande énergie intérieure.

Propos recueillis par Julien Naveau.

Voir la bande annonce de Le pont des arts
Format : QuickTime
Taile : 5.3 Mo

Pays : France
Format : 35 mm - 1.85
Son : DTS DIGITAL
Durée : 2h06
Fiche artistique :

Adrien MICHAUX : Pascal
Natacha RÉGNIER : Sarah Dacruon
Alexis LORET : Manuel
Denis PODALYDÈS : L’ Innommable
Olivier GOURMET : Jean-Astolphe Méréville
Camille CARRAZ : Christine
Jérémie RÉNIER : Cédric
Christelle PROT : Femme kurde

Fiche technique :

Réalisation : Eugène GREEN
Scénario : Eugène GREEN
Image : Raphaël O’BYRNE
Son : Frédéric de RAVIGNAN
Montage : Jean-François ELIE
Décors : Pierre BOUILLON
Musique : Claudio Monteverdi Lamento della ninfa interprété par Vincent DUMESTRE & « Le Poème Harmonique » Claire Lefilliâtre, soprano

Pièces jointes :
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Format : Zip
Taile : 1.2 Mo
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