En Russie ex-soviétique, à Saint-Pétersbourg, il existe encore des appartements communautaires, vestiges du système soviétique. Y sont réunis, par la force des choses, des gens de toutes origines et de toutes classes sociales, formant un échantillonnage banal de la société russe regroupée dans un même lieu. Kommunalka raconte une tranche de vie de l’appartement communautaire de la rue Sovetskaya.
Dans cet appartement vit Natacha, 26 ans, enfant de la Perestroïka, jeune femme libre, émancipée, indépendante, belle et sensuelle. Elle n’a ni espoir, ni illusion, mais nourrit des rêves.
Autour de Natacha, on découvre les autres habitants de l’appartement : Svetla et Nicolas tou sles deux retraités, et sans le sou ; Valodia, ami de Nataha ; Rostilov un peintre poète ; Irina, une vieille dame qui n’arrive pas à faire le deuil de son fils mort en Afghanistan ; tatiana qui rachète une à une les chambres vacantes et qui est la "tenancière" de l’appartement ; Sacha, un comédien raté ; deux petites filles et une danseuse ; Youri, un étudiant.
Les destins croisés de ces personnages réunis dans ce huis-clos deviennent le théâtre des passions humaines.
Héritage de l’Union soviétique, les appartements sont aussi une réalité contemporaine. À l’époque de Staline, dans toutes les villes d’URSS, les grands appartements furent réquisitionnés pour y loger un maximum d’individus. Chaque pièce fut alors attribuée à une famille et certains appartements en abritaient jusqu’à dix qui devaient se partager l’unique cuisine, l’unique salle de bain, l’unique toilette. Ce type de logement existe toujours. 90.000 appartements sont encore habités de façon communautaire : c’est le seul moyen économique de loger un ville et d’éviter la vie en banlieue. On y est soi locataire de la municipalité, soit propriétaire. Les locataires vivent chichement dans des semi-taudis, les propriétaires entreprennent des petits travaux. Les pièces communes, elles, appartenant à la ville et meublées à l’origine par l’État, se dégradent lentement mais surement.
Par la photographie, j’ai déjà abordé le thème de la promiscuité, notamment à Durban (Afrique du sud) ou à Beira (Mozambique). Je connaissais l’existence de ces appartements communautaires, et lors d’un précédent voyage à Saint-Pétersbourg, je suis entrée en contact avec ses habitants, avec Natacha et les autres... j’ai repéré quelques appartements, celui de la rue Sovetskaya...
L’idée de ce film est de porter un regard sur le quotidien de ces appartements, sur les rapports humains qui s’y développent. Il s’agit de donner une vue, une représentation de cette promiscuité, une mise en image, un état des lieux du huis clos, des secrets de ces communautés. Les appartements communautaires, c’est le mélange des genres, des gens d’appartenance sociale différente, dans un même espace, petit...
Ce film doit trouver son équilibre entre le documentaire et la fiction, c’est un huis clos qui se construit autour de la colonne vertébrale de ces appartements : le couloir. Le couloir de ces appartements est le lieu de rencontre, c’est l’espace où l’on circule, où l’on se croise, où l’on se rencontre. C’est le nerf de la vie communautaire, là où les mouvements internes se dessinent, là ou les déplacements vers l’extérieur et les trajets vers l’intérieur se révèlent. Quelques interviews ou « réunions » de colocataire feront également l’objet d’intrusions dans les chambres et les pièces communes de l’appartement. L’appartement communautaire devient alors le théâtre des passions humaines, le lieu de partage d’individus qui vivent ensemble sans en avoir le choix.
Les plus âgés de l’appartement font autorité, ils épient tous les faits et gestes de chacun, les conversations téléphoniques de chaque locataire. Les vieilles traînent en tablier dans le couloir ou la cuisine et restent toujours très vigilantes quant aux activités de tous... en Russie la délation est une vertu. D’après Natacha, des gens ont essayé plusieurs fois de l’empoisonner lorsqu’elle laissait mijoter sa soupe dans la cuisine commune.
Ce sont les destins croisés de tous ces personnages qui apportent la vie, la richesse à cet appartement de la rue Sovetskaya. C’est la vie de ces gens que je veux ici filmer dans l’intimité de ce grand appartement pour en capturer tous les excès de joie, tous les moments de désespoir, pour devenir le témoin privilégié de moments de vie dans un décor, devenu par le temps et sa fonctionnalité, cet endroit surréaliste où explosent les contradictions de l’être humain et de la culture russe.
Françoise Huguier
Pays : France
Format : Support numérique
Son : Dolby SRD
Durée : 97 mn
Ce film est soutenu par l’ACID et recommandé par le Groupement National des Cinémas de Recherche
Sortie : 24 JUIN 2009
Cinéma : Espace St Michel - Paris M° St Michel
Débats :
25 JUIN : en présence de Christian Caujolle, responsable photo à Libération, journaliste, critique photo et cofondateur de l’agence de photographes VU
26 JUIN : en présence de Michel Parvenov, directeur des "Lettres russes" aux Editions Actes Sud
2 JUILLET : en présence de Francis Comte, professeur de civilisation russe à l’Université de Paris IV - Sorbonne
3 JUILLET : en présence de Roland Castro, architecte, urbaniste et homme politique.
Réalisation : Françoise Huguier
Auteur : Françoise Huguier, Mano Siri
Image : Katell Djian
Son : André Rigaut
Montage : Mathilde Muyard
Son : André Rigaut
Directrice de production : Cécile Peyre
Production : Les Films d’Ici, Documentary Channel, Ciné Cinéma