KOMMA

Un film de Martine Doyen

Sortie le 23 mai 2007
Synopsis :

Peter DE WIT, la cinquantaine, se réveille au beau milieu de la nuit et constate avec effroi qu’il est dans la chambre froide d’une morgue. Comment en est-il arrivé là ? Il ne s’en souvient pas, ne veut pas s’en souvenir... Sous l’identité d’un cadavre dont il a dérobé le portefeuille, Peter décide de prendre un nouveau départ, de s’inventer une nouvelle vie. Sa silhouette de businessman mature erre dans les quartiers de la ville, glissant avec plus ou moins de brio dans la peau d’un personnage qu’il improvise au gré des situations ; Lars Erickson, un énigmatique homme d’affaires suédois de passage à Bruxelles. Un soir, il tombe sur Lucie, une jeune artiste névrosée qui semble avoir perdu la mémoire. Presque sans y penser, par un effet de vases communicants, la mythomanie de l’un comble l’amnésie de l’autre et Peter s’offre une place de choix dans la vie de la jeune femme...

entretien avec la réalisatrice :

Votre parcours avant de réaliser Komma ? J’ai fait des études d’arts plastiques et de communication, mais j’ai toujours eu envie de faire du cinéma. J’ai commencé par réaliser des films en super 8 mm. C’étaient de courtes fictions à un ou deux personnages, non dialoguées, à la fois sombres et burlesques, tournées très rapidement. J’assumais tout ; production, caméra, montage, catering... Mes seuls collaborateurs étaient les acteurs, professionnels ou non. En bricolant ces films, j’ai découvert une vraie passion et j’ai lâché mon job pour avoir le temps de m’y consacrer à fond. J’ai fréquenté assidûment la cinémathèque, lu beaucoup sur le cinéma, pris des cours d’art dramatique et d’écriture cinématographique. Puis, je suis passée au court métrage en 16 et 35 mm. C’est l’Atelier Jeunes Cinéastes qui a produit mon premier court, aidé par la communauté française et flamande de Belgique ; Herman le gangster, un film noir inspiré d’une nouvelle d’Hugo Claus. Ensuite, j’ai commencé à travailler occasionnellement comme réalisatrice pour la télévision, et écrit et réalisé trois courts métrages supplémentaires ; L’insoupçonnable univers de Josiane, Noël au balcon et Pâques au Tison . Avec ces films, j’ai gagné quelques prix dans des festivals internationaux, dont celui de Clermont Ferrand en 2001.

KOMMA- Pourquoi ce titre alors que c’est un film sur l’éveil ? Pas d’éveil sans sommeil ! J’avais envie d’un titre court à l’image des personnages. Un titre à facettes, intriguant, que l’on peut comprendre de différentes façons et qui ne soit pas trop concret. Peter est un flamand qui se fait passer pour un suédois. En flamand, Komma signifie "virgule" et en suédois, ça veut dire ; venir, revenir, arriver... Bref, dans les deux langues ce mot évoque un passage vers, une zone floue entre deux propositions. Une ponctuation de vie ? Phonétiquement il évoque plus largement la perte de conscience, le sommeil et... La belle au bois dormant. Bref, je trouvais que tout ça collait bien au film.

Au niveau du scénario, comment ça s’est passé ? On est parti d’un personnage masculin que j’avais en tête depuis longtemps. Un type en costard cravate qui erre dans la ville, s’invente des histoires, ment et joue des rôles. Un homme mystérieux qui transpire un passé chargé sans jamais le raconter. Avec la co-scénariste, Valérie Lemaitre, on a pensé à lui faire rencontrer une amnésique. La mythomanie et l’amnésie sont deux pathologies qui se complètent par un jeu de vases communicants assez vertigineux. Toutes les deux parlent de perte de mémoire, volontaire ou involontaire. Un mythomane rencontre une amnésique... Ça s’emboîtait bien, comme deux pièces d’un puzzle... Mais ce n’était que l’idée de départ, le scénario s’est construit petit à petit et s’est enrichi d’un tas d’éléments. Au plus on creuse les personnages, au plus l’histoire s’incarne et s’ouvre sur de nouvelles perspectives. Les idées de la morgue ( une histoire vraie qu’un SDF m’a racontée), du château en Bavière et de la sculpture qui explose ont apporté pas mal de sens, si pas plus, au film dans son ensemble. Le résultat final est beaucoup moins conceptuel que le pitch de départ, plus libre d’interprétation, plus proche de la vie.

Au sujet de la sculpture qui explose, pourquoi le choix de cette œuvre d’art en particulier ? Il y a une dizaine d’années, je réalisais des portraits d’artistes pour la télévision belge. C’est ainsi que j’ai rencontré Patrick Vandewijver dont le travail me fascinait. A l’époque, Patrick travaillait principalement sur le concept de la résistance des matériaux et leur point de rupture - le verre explose au bout d’un moment de suspens, sous l’effet combiné du chaud et du froid-. Soudain, il a arrêté de travailler et s’est fait interner pour dépression grave. C’est comme si tout son être avait explosé, comme ses sculptures ...En thérapie, il a découvert que toute son activité artistique était liée à des souvenirs pénibles depuis longtemps refoulés. Son histoire artistique et personnelle m’a beaucoup inspirée pour construire le personnage de Lucie.

Et pourquoi la Bavière ? J’ai choisi la Bavière pour le château de Neuschwanstein qui a inspiré Walt Disney pour son dessin animé "La Belle au Bois dormant" et aussi pour Ludwig II, le romantisme Allemand, ses sommets, ses précipices et ses ruines à la Caspar Friedriech. Après le côté sombre et urbain de la première partie du film tournée à Bruxelles, nous avons ce blanc immaculé des montagnes enneigées de Bavière. Le film s’ouvre, s’élargit. On respire un peu, on est ailleurs...

Vous avez écrit avec votre actrice ou fait jouer votre co-scénariste ? Valérie est actrice avant tout, elle avait déjà un petit rôle dans Herman le gangster. Comme beaucoup de comédiens en Belgique, elle a peu d’occasions de tourner. Elle m’a proposé de collaborer à l’écriture d’un scénario dans lequel elle jouerait. Je n’avais jamais écrit avec quelqu’un ; j’étais curieuse de voir ce que ça donnerait. Ensemble, nous avons scénarisé mon second court L’insoupçonnable univers de Josiane et je me suis bien amusée. On était sur la même longueur d’ondes. Elle a ensuite été uniquement actrice dans Noël au balcon et Pâques au tison que j’ai écrit seule à nouveau parce que je partais d’idées plus autobiographiques. A la suite de ces deux films, on avait envie de remettre le couvert, pour un long cette fois. Je développais un autre scénario avec un autre co-scénariste en parallèle, mais c’est Komma qui s’est fait.

Comment en êtes vous venue à choisir Arno ? Valérie n’étant pas connue, il fallait en face d’elle une personnalité qui permette non seulement de trouver du financement mais aussi de la maintenir à l’affiche... De plus, le personnage masculin est assez hors norme et je me disais qu’un visage familier faciliterait l’identification, permettrait d’aller plus loin dans le récit cinématographique. J’aime beaucoup l’idée d’utiliser des acteurs inconnus, mais un acteur « vedette » peut mieux convenir à un certain type de rôles, plus poétique que réaliste ; Charles Denner, Michel Piccoli, Peter Sellers, sont des acteurs incroyables qui marquent au fer rouge ! En fait, je crois que j’aime mélanger les genres, les styles de jeux. La distribution des rôles est primordiale dans la réussite d’un film. Très délicate. Et le plus important pour moi, c’est d’avoir envie de filmer quelqu’un, être inspiré par quelqu’un, professionnel ou pas, connu ou pas, acteur ou...chanteur. Après trois ans de doutes et d’allers et retours, j’ai pensé à Arno car je l’avais croisé la veille. Ce fut comme une libération. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Il correspondait terriblement bien au personnage et donnait une couleur au film que j’aimais beaucoup ! Le simple fait qu’il ne soit pas francophone rendait le film moins bavard ce qui n’était pas pour me déplaire... De plus, son âge, sa présence, le fait qu’il soit pratiquement vierge de cinéma, qu’il ait cette image rock and roll, rendait le personnage plus émouvant et sympathique malgré son côté sombre. Je n’ai pas réfléchi longtemps, cinq minutes peut-être ? Je lui ai téléphoné sur le champ car je le connaissais bien. Le soir même, j’étais chez lui pour en parler. Le lendemain, il avait lu, aimé le script et la semaine suivante, il donnait son accord et tout le monde était ravi ! Mes producteurs préféraient même ce choix. Les choses redevenaient simples et excitantes. Cela a donné un nouveau souffle au projet qui piquait du nez. Je crois que sans Arno, nous n’y serions pas arrivés.

Est-ce un acteur facile à diriger ? Arno m’a surpris. Il était souvent au dessus de mes espérances. Il donnait tout son cœur et prenait ça très au sérieux. C’est un acteur né, un acteur non-professionnel très professionnel ! Et puis quand on fait le compte de tous les films dans lesquels il a joué, même un petit rôle, il a quand même une certaine expérience du cinéma... J’ai parlé longuement avec lui avant le tournage, si bien que sur le plateau, je n’avais pas grand chose à lui dire de plus que :-« Tiens-toi droit, ne marche pas comme un cow-boy, un peu plus comme ceci, un peu plus comme cela ». Je crois aussi qu’il comprenait très bien et aimait beaucoup son personnage, qu’il avait envie, comme moi, que l’on voie Peter de Wit à l’écran et pas le chanteur Arno en train de faire le guignol.

Et les autres acteurs ? Edith Scob et François Négret sont des acteurs incroyables que j’avais remarqué depuis très longtemps. J’ai écrit en pensant à eux. Seulement, dans le scénario, leurs rôles ne paraissaient pas très importants...Donc je les ai rencontrés pour leur expliquer que dans le film ils gagneraient en consistance. Que je ne serais pas venue les trouver si ce n’était pas le cas. Ils ont accepté de faire partie de l’aventure et je leur en suis très reconnaissante...Ce sont de grands artistes, très beaux et très forts tous les deux. Ils ont beaucoup apporté au film.

Quelles sont vos références cinématographiques ? Je suis très cinéphile. Kubrick, Hitchcock, Fassbinder, Polanski, les frères Coen font partie de mes cinéastes préférés, mais il y en a beaucoup d’autres, de genres, de générations et de cultures différentes... J’aime tout simplement le cinéma fait par des gens passionnés, conscients de l’outil qu’ils ont en main et qui offrent au public des films passionnants et intelligents sans être ennuyeux et pourquoi pas drôles ?! Cela me stimule, m’inspire et m’encourage à poursuivre.


Pays : France / Belgique
Format : 35 mm - 1.85
Son : Dolby SRD
Durée : 1h32
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